Au nom du Brahman !!

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Samira Abidi vient de baisser définitivement ses paupières. L’épouse du cofondateur du Mouvement de la Tendance Islamique, devenue Nahdha, Salah Karkar, fut terrassée par un cancer revenant, à l’âge de 60 ans. Dignement. Dans la solitude des coeurs simples. Entourée des derniers fidèles, ses enfants.
Inhumée au carré musulman du cimetière d’Annecy à la frontière Suisse, la « piétiste » rebelle, n’a même pas pu reposer en paix. Pas le moindre délai de décence. Sa mémoire est aussitôt profanée, son testament récrit, la meute procède illico au révisionnisme d’outre-tombe. Un frangin aigri et étranger à la paix des morts, s’est même permis le luxe de changer de pompes funèbres !!!. Le sadisme idéologique en fit ses choux gras.
Pour toutes condoléances, Mohamed Salah Abidi, prête à sa sœur aînée une conversion à l’Hindouisme et un souhait d’incinération. Les sites Kapitalis et Al Hassad saisissent le drame au vol et en font une querelle de partis. Monsieur Abidi donne son coup de pied de l’âne de loin, sans même un dernier regard sur une sœur. Le quadra, d’abord passionné de chamanisme puis militant anti-musulman, finît par trahir la dernière volonté de sa frangine. Madame Karkar lui avait toujours refusé un aveu de conversion, réclamé jusque son lit de mort !
Le testament imaginaire fit toutefois long feu. Lamjad Abidi, frère cadet de la défunte balaya d’un revers de la main les dires de Mohamed Salah Abidi. Sans que l’intéressé n’y trouve à redire, sans que Kapitalis et Hassad ne fassent amende honorable. Toute honte bue.
Ce n’est pas la première fois que Samira reçoit un poignard dans son dos froid. Sa sœur Samia consacra aux années 90 un pamphlet à son époux Salah : « Mon beau-frère est un mangeur de couscous » !! La critique légitime de l’Islamisme le disputait à la scène de ménage !
Mais d’où viennent ces divagations, cette hargne que l’on n’arrive pas à déposer. Récit.
Samira Abidi était née en 1956. Fille aînée d’une famille traditionnelle, elle embrassa très tôt l’aventure religieuse, porta le voile et suivît un piétisme classiquement prosélyte. Sa passion des maths l’orientait vers la faculté des sciences de Tunis, où elle obtint en 1976 un Deug (premier cycle) en Math-Physique. Une année plus tard, la vingtaine bien sonnée, convola-t-elle en justes noces avec l’économiste Salah Karkar.
Le couple faisait la part des choses, le foyer n’était pas l’antichambre du parti islamiste qui verra le jour en 1979. L’épouse du co-fondateur du premier parti islamiste tunisien (Mouvement de la Tendance Islamique) se contentait d’une réforme morale de l’individu. Plus proche d’Hassan Banna que de Sayed Qutb. Samira Abidi ne fera jamais partie du mouvement politique de son mari.
Huit ans plus tard, à quelques mois du coup d’Etat médical de Ben Ali et au plus fort des hostilités avec un Etat déliquescent, Salah Karkar échappa à une vague d’arrestation sans précédent et réussît à entrer en France, où il demanda l’asile politique. Sa femme le rejoignît avec ses trois enfants, moins d’une année plus tard, à la faveur d’un premier « printemps tunisien » qui dura ce que ce que durent les roses…..
Le naturel finissait par revenir au galop, Ben Ali ne pouvait prolonger la mascarade d’une démocratie sans opposition, les Islamistes s’ingéniaient à lui en offrir l’alibi : Bab Souika entre autres….Le coup d’Etat médical sera protégé d’une candidature unique aux présidentielles : Ben Ali. Le pacte national scella le sort de la dictature. Fin de la partie. Le délit d’opinion est rétabli. La presse rentre dans les rangs. Le leitmotiv « Changement » est repris 10 fois dans un seul édito du journal gouvernemental ! La police politique reprend ses droits. L’idylle aura tenu trois ans.
Le jeune tyran n’était pas seulement encombrant pour la diplomatie française, il était surtout utile à son ministre de l’Intérieur, un certain Charles Pasqua. L’entente entre l’artisan du changement et le faucon ultra-conservateur ne tarda pas à donner ses premiers fruits. Salah Karkar est assigné à résidence en 1994 à Oussenat près de Brest, pour soupçons de « soutien actif à un mouvement terroriste » faute d’explulsion en urgence, en raison du statut de réfugié. Coupable désigné d’un appoint, jamais prouvé à un mouvement dont les dirigeants se la coulent douce en France !!!!!! Anguille sous roche ! Trahison ????.
Salah Karkar aura beau clamer son innocence, une révision du procès, rien n’y fera. Ses opinions de plus en plus critiques vis-à-vis de l’islamisme ne changeront rien à l’affaire. Huit ans après son assignation, Libération titrait « Salah Karkar 3327 jours sans réponse ! ». L’éditorialiste de l’Audace ( magazine d’opposition tunisien) qui prônait ouvertement une « séparation entre Etat et Religion », l’homme dont la pension mensuelle coûtait 3800 euros au contribuable français, devait purger sa peine jusqu’en 2011. Ni son AVC en 2005, ni son hémiplégie ne firent plier place Beauvau ! Le cofondateur du MTI sera de surcroit mis à l’index par ses camarades. Son parti l’exclut. Encore une fois, des soupçons, rien de précis, pas même des griefs ! On s’en lave les mains. De Pasqua à Ghannouchi, sans répit….
Pendant ce temps, Samira Abidi couvait ses enfants. Auxquels se joindra un mari invalide et hémiplégique dès 2005. Elle honorait son mandat de maman et d’épouse dignement, sans baisser les bras. Pour survivre, donnait-elle des cours de maths à domicile. Et pour surmonter les épreuves dans un milieu social hostile, trompait-elle sa solitude dans la méditation. Les querelles de chapelle l’éloignèrent d’une sœur boudeuse, puis d’un frère bourru. Le hasard fit mal les choses. La volonté rectifia le tir.
De fil en aiguille, La piétiste devenait rebelle. S’en tenant à l’essentiel, elle commençait à prendre ses distances avec un littéralisme formel et rigoriste. Sans jamais rompre avec l’Islam, elle s’ouvrait sur les branches de l’hindouisme et son principe supérieur du Brahman. Une perspective soufie plutôt que confessionnelle. Un voyage spirituel. Elle s’était rendue plusieurs fois en Inde, pratiquait le yoga……Et alors ?! aimait-elle à répéter ! « Je n’en suis pas convertie pour autant »….Libre, elle porta le voile, libre l’a-t-elle retiré. Nos oignons ? Les vôtres ? Liberté de conscience quand tu nous tiens.
Est-ce une raison pour partager sur les réseaux sociaux et dans les colonnes de journaux « modernistes » le testament imaginaire de son frère ? Pourquoi ? Au nom du Brahman ? Du père ? Preuve de la violence du Coran à quelques enjambées du Cachemire, où l’Hindou casse du Musulman ? Condoléances « politiques » ? La haine souveraine ?!!!
Sans embrasser l’hindouisme, sans quitter l’Islam, sans voile et sans tunique, libre, Samira Abidi est notre mauvaise conscience.

Jamel HENI

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