Homage au poète Mohamed Sghaïr Ouled Ahmed

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A mourir d’Amour

La Terre nous habite,
A mourir d’Amour.
La Terre, la nôtre,
Et à nuls autres.
Elle nous embaume,
Elle nous remplit au plus tréfonds.
Elle est débout sur nos paupières,
Matins et soirs,
L’œil à jamais en éveil,
Une Déesse qui veille sur ses greffons.
Jamais la paupière ne se ferme,
Jamais le sommeil ne gagne l’âme de l’Amant.
Combien même le crime,
Lâche et vil,
Combien même l’exil,
Affres et servile,
L’Eternel Retour à la Terre fertile.
L’Ocre aride cèdera face à la féconde verdure,
Le ciel sombre reverra de nouveau la lune reluire.
Paix inonde tous les martyres !
Bénis soient qui ne savent trahir !
La Terre nous habite,
A mourir d’Amour.
La Terre, la nôtre.
Chassez-nous-en,
Et vous nous y verrez encore et encore,
Reconquérant.

La mort du poète tunisien Ouled Ahmed était pour certains tunisiens ces derniers jours une occasion pour faire encore montre de l’étendue ravage de la pensée unique, entre les louanges idolâtriques et les rejets idéologiques, à l’accoutumé dans l’émotion et l’expression sans concession. Une attitude qui ne surprend plus, puisque peu savent prendre du recul et faire la part des choses, en l’occurrence ici entre l’être humain, le poète, et le militant politique.

Une très chère amie, que j’ai connue voilà presque 5 ans maintenant et que tout au début séparait nos visions sur la politique tunisienne, mais grâce à une faculté d’écoute rare et un échange toujours courtois nos visions ont fini par se rapprocher, et elle a compris que je n’ai pas de chapelle à défendre sinon l’Amour de ma terre natale. Hier, elle m’a interpellé donc sur le décès de Awled Ahmed et m’a envoyé un texte pioché sur FB supposé traduire le célèbre poème « نحبّ البلاد » (Nous aimons le pays). Un massacre à la tronçonneuse ! Elle m’en a demandé mon avis et mon sentiment vis-à-vis de l’homme et de ce poème en particulier. Je lui ai répondu ceci :
« Je vais être honnête avec toi, chère amie, je ne vais pas me mettre à pleurer avec les pleureuses et surtout ceux qui n’ont jamais lu un poème à ce monsieur. Je distingue entre l’homme, son sort est entre les mains du Juge Suprême, le poète qui relève de la critique littéraire, et le militant politique, à qui personnellement je n’oublierai pas et je ne pardonnerai pas la position et le discours haineux et diviseur un certain 6 août 2013 (28 Ramadan 1434) au sit-in du Bardo, où sa diatribe divise sans nuance le peuple en deux, articulant son discours sur une structure binaire, sectaire et tribal « Nous, eux », qui amène Mohsen Marzouk en suivant le même soir à parler de « Notre sang rouge, leur sang noir »; je ne pardonnerai pas non plus son appel en direct ce soir à l’étranger et ses chancelleries à Tunis (voir la vidéo sur Utube)…..Ce soir-là et les jours qui suivirent ils ont failli mettre mon pays à feu et sang, et lui réserver un destin tragique…. Je n’oublierai pas que c’était un des moments les plus durs de ma vie… »

Mon amie m’a demandé alors de traduire le poème en français. Comme je l’aime tant, ma Mamie préférée, je m’y suis plié en précisant que l’on ne peut traduire un poème. Un poème est unique à la langue avec laquelle il a été écrit et une capture d’âme à l’instant même où il a été écrit. J’espère ainsi avoir rendu hommage au poète, brillant et d’une sensibilité inouïe, quant au militant politique, la critique reste de mise.

A Dini.

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Abdelaziz Jaziri
On n'enseigne pas ce que l'on sait. On n'enseigne pas ce que l'on veut. On enseigne ce qu'on est. Les choses ne sont pas difficiles parce que nous osons, les choses deviennent difficiles parce que nous n'osons pas. La mort est plus confortable que la soumission.

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