20 Mars, Querelle pour un bout du drapeau…

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Nous sommes encore trop loin du sens de l’état, et plus loin encore d’une communauté de destin et des valeurs nationales, ciment de toute nation au-dessus de sa pluralité et diversité culturelles et politiques.

Y-a-t-il plus emblématique événement que l’indépendance d’un pays, qui doit fédérer et rassembler pour l’occasion, en laissant les querelles des chapelles étroites un instant de côté, pour transmettre un message d’espoir et d’unité au peuple, mais aussi face à la menace criminelle et terroriste actuelle?

Or, en l’absence de l’état, nous assistons, ce jour en Tunisie, à une célébration fragmentée. Chacun dans son coin, brandissant sa bannière et ses slogans, essayant, en se livrant à la surenchère patriotique de basse-cour et se disputant la paternité de l’un ou de l’autre artisan de la lutte pour l’indépendance, de se positionner sur l’échiquier et de fructifier électoralement l’événement pour les échéances à venir!

Dans un autre registre, certains tombent carrément dans le déni catégorique de cette indépendance, d’il y a 60 ans. Certes, on pourrait toujours dresser les tribunaux de l’histoire, et condamner pêle-mêle, qui de traître-collabo, qui d’assassin… Cependant, ne devrions-nous pas plutôt que de se complaire dans le jugement (cher à beaucoup), livrer lectures et critiques constructives de l’histoire, loin des anachronismes fossoyeurs. Les accords conclus, personne de raisonnable ne s’en douterait qu’ils fussent conditionnés, voire concédant des avantages abusifs souvent (surtout dans leur durée) aux ex-colons. Il en allait des rapports dominants-dominés de l’époque, en faveur du pays colonisateur.

Aujourd’hui, après 60 ans, il faut certes dénoncer les clauses abusives de ces accords (il en existe certainement en cours encore, et pas qu’avec la Tunisie), et se battre pour les abroger, et peut-être les transformer en accords de collaboration éthiques d’égal à égal entre pays souverains.

Enfin, certains devraient avoir une lecture et une approche plus objectives, pour comprendre que l’indépendance ne s’acquière pas à l’instant même où vous avez signé un document. Les signataires de l’époque en étaient conscients, que ce n’était qu’une étape, qui inaugurait d’autres luttes à venir. C’est d’ailleurs cette différence d’approche et de vision au sens de l’indépendance qui avait déjà à l’époque divisait les tunisiens, jusqu’au sang fratricide. Depuis, les choses ont changé. La Tunisie, mais aussi le monde entier a changé. Les dualités de l’époque sont aujourd’hui obsolètes. Le monde a « rétréci », les rapports moins bilatéraux, et, du coup, beaucoup plus complexes à appréhender. Tout comme l’identité, l’indépendance est une construction permanente, où interagissent plusieurs variables. Elle exige, aujourd’hui plus qu’hier, une approche plus subtile, que celle d’antan qui la résumait presque au seul contrôle des frontières terrestres. C’en est fini de cette lecture étriquée de l’indépendance. Aucun pays au monde ne peut objectivement s’en prévaloir. L’acquisition des moyens objectifs de force, des sciences et technologies modernes, ainsi qu’une indispensable adhésion inclusive citoyenne, plutôt qu’une nation, une communauté de destin. Beaucoup des pays l’ont déjà compris, et envisagent plutôt leur frontière davantage culturelle, et œuvrent tous les jours à consolider l’esprit d’appartenance à la communauté, plutôt qu’à la nation. Chez nous, certains, perdus encore à quai, en sont encore au sein de la même nation, petite de surcroît, à s’acharner à la diviser en petits lopins…

 

 

Par Jaziri Abdelaziz

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Abdelaziz Jaziri
On n'enseigne pas ce que l'on sait. On n'enseigne pas ce que l'on veut. On enseigne ce qu'on est. Les choses ne sont pas difficiles parce que nous osons, les choses deviennent difficiles parce que nous n'osons pas. La mort est plus confortable que la soumission.

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