Philosophie: doute et Vérité

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Ce qu’il faut savoir aussi est que la philosophie ne « vend » pas des vérités, et encore moins Une Vérité. Elle permet juste à l’homme de réfléchir à son existence, à son rapport au monde, aux relations diverses, y compris celle entre le Créateur et ses créatures.
S’il y a un mot qui la qualifierait ce serait le mot « doute ». Pas ce doute sceptique, négatif, voire paralysant. Non. Ce doute stimulant qui vous incite à la réflexion et à avancer sans jamais s’endormir, ni tomber dans l’exclusivisme du « Moi » tout puissant et sectaire. S’ils devaient nous apprendre quelque chose, les philosophes, tous confondus, ils nous apprennent que la Vérité n’est pas humaine, et qu’il y a une différence entre la « croyance » (qui n’est pas interdite) et le savoir. Cependant, la croyance ne doit pas être un frein au savoir, ni la foi s’opposer à la philosophie : ce n’est donc pas un progrès de ne plus croire. Ce sont juste-là deux expressions différentes, voire souvent complémentaires.
Egalement, ces philosophes ont beau être philosophes il n’en demeure pas moins ils restent des hommes, humbles humains. Vouloir les « caser » et les figer dans une pensée unique et singulière, c’est aller à l’encontre même de leur dessein. La plupart, comme tout homme, évoluent et se construisent tout le long d’une vie, dans leurs pensées, leurs rapports au monde et à autrui. Et lorsqu’on parle de l’un d’entre eux, il faut qu’on soit bien conscient qu’ils n’ont pas campé toute une vie sur une vérité une seule. Le devenir est le credo de la réflexion philosophique.
Puisqu’on en parlait, si l’on ne prend que le cas de Nietzsche, il y en a eu au moins 3 Nietzsche d’une extrême créativité, et plusieurs œuvres qui semblent souvent se contredire. Lui-même critiquait la notion d’identité comme une variable fixe et stable de qualités et des caractéristiques. Au contraire, pour lui l’identité (figée) est un leurre confortable, qui arrange les oisifs de l’existence et les vivre-en-imbéciles. Nous sommes plutôt tiraillés (condition humaine oblige) en permanence par une multitude d’instincts.
En effet, l’homme pour le philosophe est par définition pluriel et multiple. N’est-ce pas là une belle perspective, qui plus est n’est point contradictoire avec la Volonté Divine. Seul Dieu détient la Vérité, et est absout du doute. Sagesse Divine, Dieu a fait de ses prophètes-mêmes des hommes à la vie plurielle et en devenir. Tous, aussi, ont subi un moment ou un autre la loi humaine du doute (seul Jésus y a échappé; résultat il se vit déifier, par les hommes! Faute d’être passé par la case « norme humaine »).
Enfin, le « surhomme » nietzschéen ne serait pas le triomphe de l’homme sur le Divin. Une lecture peu probable.  Mais, il serait le triomphe de l’homme soumis aux déterminismes divers enchaînant, pour se libérer et assumer pleinement et à part égale sa relation avec le Divin que celle avec ses vis-à-vis. « La volonté de puissance », elle, est cette libération des chaînes avilissantes pour repousser les limites et se projeter toujours dans l’avenir et questionner le monde. En cela c’est l’expression même de la spiritualité, qui refuse l’absence de perspective, d’avenir et d’espoir. La religion serait alors la quintessence de cette « volonté » de concevoir et voir plus loin, cette volonté d’aller au-delà de la matière et de défier la pesanteur; bref, de s’arracher à ses limites et ses déterminismes, infondés et souvent imposés par les puissants pour limiter notre vision, notre champ d’action, et nous vendre la religion et la spiritualité comme une incantation passive et attentiste, incompatible avec la vie.
Abdelaziz Jaziri

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