Faten ou L’incontournable Star Filante.

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Faten  est partie sur la pointe des pieds, calme, discrète et indomptable .Une femme qui a défrayé la chronique en épousant un illustre inconnu, beau comme un dieu et étranger à sa culture et à sa foi.Et qui a transpercé les écrans de télévision et du cinéma arabe, en incarnant avec courage et détermination des personnages à la psychologie profonde, complexe et intéressante, défendant la cause opprimée de la femme égyptienne et bravant les tabous et les interdits !Ainsi, son image de comédienne militante et humanitaire s’est affirmée pendant plus d’un demi-siècle de cinéma et a déferlé sur les écrans des salles de cinéma du monde entier, oriental et occidental .

Faten incarne l’icône et l’idole de son peuple, la persévérance et le courage. D’abord, parce qu’elle a osé épouser le « petit » Michel Chalhoub, un libanais copte de mère juive, qu’elle a propulsé au sommet de la gloire, en lui forgeant une carrière internationale.Et qu’elle a aimé jusqu’à la folie, jusqu’au dernier souffle de sa vie, sans chercher à le nuire ou à le revoir aussi !Au retour, il l’a simplement larguée et élevé-par intermittances-sa fille Nadia zulfikar, leur fils commun Tarek et la horde de petits-enfants.

Leur histoire d’amour a débuté en 1954 , sur le plateau du tournage du film de Youssef Chahine –qui le lui a présenté d’ailleurs-« Ciel d’enfer »ou «Sirrâ fil wadi » !Faten était alors en désaccord avec son premier époux, Ezeddine Zulfikar, avait 23 ans et mère d’un bébé de deux ans Nadia .Elle avait refusé »le grand »Chokri Sarhane comme partenaire de ce film d’amour torride et opta d’emblée pour le ténébreux Michel, alors âgé de vingt-deux ans.Déterminée dans ses choix comme dans ses principes, Faten tomba éperdument amoureuse de Michel et s’attela à le convertir à L’Islam.Bien mal lui en a pris, puisqu’elle fut doublement flouée des années plus tard !

L’inconscience de la jeunesse et celle de l’amour aveugle vont de paire dans une existence humaine.D’abord, Michel alias Omar ainsi que son fils Tarek se déclarèrent athées, ensuite Omar succomba aux délices de la gloire internationale , en se laissant charmer par le réalisateur anglais David Lean et ses grandes productions !Omar laissa Faten dans son Egypte natale et connut l’immense célébrité grâce à ses rôles de prince arabe , russe et américain successivement dans : « Lawrence d’Arabie », « Le Docteur Jivago » et « Funny Girl » avec l’irrésistible Barbara Streisand !Depuis, cet homme superficiel et léger, mitigé de talent et pourvu d’une séduction vénéneuse, multiplia les conquêtes et s’adonna aux plaisirs et loisirs les plus divers et les plus pervers.

Plus tard, au cours des années soixante-dix, sa carrière décline, il est immensément connu sans jouer pour autant d’autres grands rôles et Faten gravit les marches suprêmes de la carrière de star montante !Elle est l’incarnation de la diva « Anna Magnani », pareille en cela à ses mimiques et gestuelles héroïques et hystériques, quand elle s’effondre vers la fin de la scène du superbe film de Baraket : « El Haram »ou Le Pêché, pensant ainsi expier ses fautes pour un viol et un infanticide subis et involontaires !

J’avais treize ans en 1975, quand je fis cette double découverte de la vie et du destin de cette grande dame du cinéma arabe.Un samedi après-midi, je suis allé au Cinéma le Globe voir le film dont on parle tant et qui a remporté tant de prix internationaux !C’était « Ouridou Hallen » ou Je veux une solution !, de Baraket aussi sur la condition inéluctable de la femme arabe qui utilise tous les moyens, pendant quatre années, pour se débarrasser d’un mariage forcé et recouvrer sa liberté confisquée.Mais la réalité amère personnifiée par la récalcitrance du système juridique archaïque et le refus obtus du mari à ne pas divorcer marquent le désarroi et la désillusion d’un refus net de lui accorder son plus cher désir.Les spectateurs sortirent déçus et troublés de la salle de projection, plusieurs polémiques et débats s’ensuivirent dans des cercles cinéphiles !Ma curiosité sur la vie de Faten fut insatiable dé lors, je feuilletais revues et magazines parlant d’elle !Je tomba sur le journal hebdomadaire d’alors, El Mawôued » qui publia une longue interview de Faten Hamama.

Elle fait une déclaration fracassante à la presse et à la radio égyptiennes, suite à sa relation avec Omar Sharif.Tout de go, elle annonce leur séparation définitive , vingt ans après leur première rencontre.Cette femme, pudique, réservée et secrète de nature, donnait des détails précis sur ses sentiments et ses désillusions, ses déboires conjugaux avec un homme qui »l’a jetée et traînée dans la boue »-d’après ses propres paroles-lui et sa proche famille, parce qu’elle venait d’une autre religion et d’un autre milieu socio-culturel !Elle déversa toute sa bile, évoquant les concessions et sacrifices effectués de son seul côté, et l’amertume et l’ingratitude comme seules récompenses.A la fin de l’interview, elle annonça qu’elle ne voulait plus jamais le revoir, qu’elle avait divorcé et s’était remariée avec un « gentil » médecin »égyptien.J’étais subjugué par ce fracas véhément de ton venant de la part d’une actrice qui mettait à nu ses sentiments sans jamais s’être dénudée à l’écran !Trêve de rêve d’illusions, chaque grande histoire d’amour tire un jour ou l’autre vers sa fin, et celui qui donne tant est mis au banc des proscrits.Le conte de fées s’achève et a viré au cauchemar ; seuls les enfants constituent la passerelle qui les relie.

Faten ne revoit plus jamais Omar, elle le refuse obstinément.Elle se replie sur elle-même, choisit ses rôles à la perfection et remporte des prix internationaux.Elle obtient le Doctorat de la gloire, en juillet 2013, de l’Université américaine de Beyrouth.La consécration extrême, une avalanche de prix tandis que Omar végète dans les dettes de jeu et les rôles de second degré !Mais, ironie du sort, il est lui aussi immensément célèbre.Chacune de ses apparitions fait un tollé, il assiste à la cinémathèque française à Paris au trentième anniversaire du décès de François Truffaut en octobre 2014.Un hommage commun leur est rendu en 1989 à L’Institut du Monde Arabe à paris, il s’y rend seul, Chahine et Hamama failliront à ce rendez-vous !Lui sollicitant un autographe, je l’ai trouvé las et désabusé !Il ne s’est jamais remarié, cherchant la perle rare convenant à son âge, par peur du ridicule.

Je mouille mon index du bout de ma langue sèche, tournant les pages en évitant de les froisser, la grande histoire d’amour qui a meublé mes rêves d’adolescent s’est révélée être un fiasco total, je demeure peiné par tant de dégâts et de calvaire subis par celle qui a aimé au point de tout affronter pour défendre son idéal, mais le sort en a décidé ainsi, les feuilles mortes se ramassent à la pelle et la vie sépare les jeunes héros de films qui s’aiment et se respectent…

Sélim Lafif
Le 05/02 /2015

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