Monsieur BCE, c’est la sottise de trop, vous avez dérapé!

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Par Naceur Khemiri

 

 

 

 

 

 

Monsieur Essebsi,

La faim et la pauvreté ne sont pas de la honte, mais honte à celui qui est responsable pendant 58 ans de l’appauvrissement du peuple. Il est légitime après cinquante-cinq ans de dictature, de parti unique, de président, qui détient tous les pouvoirs et toute la richesse du pays que les citoyens des zones oubliées disent fort et haut, nous sommes pauvres, nous sommes dans le besoin et c’est leur droit juridique, humain et universel.

A défaut de pouvoir les développer vos régimes bourguibien comme celui du dictateur Ben Ali ont tout fait pour conserver cette politique injuste et autoritaire, oui cette politique dont vous étiez l’un des chiens de garde selon la détermination de Paul Nizan(1), C’est parce que cette société est très profondément corrompue par l’ancien régime, de Ben Ali et même auparavant au temps de Bourguiba(2), qui par excès d’autorité n’avait pas mis en place de contre-pouvoirs ayant pu résister à l’ascension de Ben Ali et de ses complices : « En vérité, cette dictature n’est pas une invention de Ben Ali. Celui-ci l’a héritée de Bourguiba ». Toutes vos décisions étaient, au profit de la côte et de vos villes natales. C’est par la faute de votre politique trop politicienne de vos régimes successifs même après la révolution, vous n’avez pas assuré le minimum pour la survie de ces habitants, depuis 58 ans la Tunisie est coupée en deux, le réel stagne, la corruption est propagée, le chômage est agressif, le harcèlement policier est aveugle, comme si tous ces malheurs ne suffisent pas ; le terrorisme est devenu menaçant : « Beaucoup ont payé leur engagement par des années de prison agrémentées de tortures (…) Leur crime aura été le simple fait de réclamer justice et liberté pour le citoyen arabe afin que l’individu en tant qu’entité unique et singulière puisse émerger et être reconnu » (3)

Monsieur Essebsi,

la première détermination de la fonction présidentielle, ce n’est pas un simple jeu d’alliance entre les partis politiques ou un accord au sommet, ni un échange d’intérêts économiques cartellisés, ni un compromis entre des hommes d’affaires et des politiciens sur le dos du peuple, mais c’est une fonction sacrée, c’est un engagement inconditionnel entre un homme et le peuple. La condition absolue, c’est qu’on puisse se représenter la fonction suprême comme faisant l’objet d’une vocation impérieuse, d’un destin national et historique. Il faut que le nouveau président soit persuadé de la nécessité de réélaborer toutes les conceptions erronées du passé sous la dictature, et de marquer la rupture au sens bachelardien, vers des nouvelles valeurs justes, novatrices et tolérantes ; en un seul mot, il devrait avoir « une main de fer dans un gant de velours ». C’est d’ailleurs là toute la difficulté de l’exercice du pouvoir.

Notre propos, ce n’est pas de juger qui est apte et qui ne l’est pas, mais ce qui nous motive avant tout, c’est un souci d’intérêt public et général, pour réfléchir ensemble le plus honnêtement et démocratiquement possible à des critères fiables et objectifs pour assumer une telle responsabilité. Le prétendant doit incarner un modèle éthique à tous les niveaux possibles, il doit pouvoir résister à toute forme de démagogie. On a besoin de quelqu’un qui veuille donner de lui-même à la Tunisie, et non pas profiter de quelques bonnes aubaines et des intérêts de sa clientèle. On a besoin d’un Président gardien de la constitution.

Monsieur Essebsi,

D’une manière ou d’une autre pour réaliser une nouvelle démocratie, une justice sociale, et réhabiliter la dignité du peuple tunisien, il faut renoncer à l’illusion de pactiser avec les forces contre-révolutionnaires et chasser tous les profiteurs quelles que soient leurs étiquettes ; les élections  ne devaient pas constituer une nouvelle fuite en avant, et tout compromis ne reculerait que pour mieux sauter, autrement dit, c’est n’est rien d’autre qu’une manœuvre de diversion, une bombe à retardement du conflit : « : « La construction de la démocratie ne peut pas passer par un pacte avec ces dictateurs irréformables qui surveillent et punissent, qui corrompent l’âme de leur peuple et les humilient »(4)

Monsieur Essebsi,

Êtes-vous capable, par conscience patriotique d’appliquer sur vous-même une autocritique républicaine, et même une autocensure patriotique, cette démarche, c’est la preuve d’une vertu politique ce que les stoïciens appelaient le courage de la vérité. Un tel jugement sur soi, avec un certain recul critique présente un bienfait ; on sacrifie notre ambition et notre intérêt personnel au profit de l’intérêt général. Le 14 janvier n’était pas un coup d’État contre Ben Ali, mais aujourd’hui je confirme que le 14 Janvier était un coup d’État contre la révolution du 17 décembre « Ce n’est pas la foi dans un possible qui a permis la sortie de désespoir (…) Mais sur le fond d’un désespoir politique créé par le système de Ben Ali, est arrivée avec Bouazizi quelque chose qui a suscité chez les tunisiens une horreur telle que l’accepter menaçait le sentiment de leur propre humanité »(5)

Monsieur Essebsi,

Comment pouvons-nous accepter vos insultes à répétition ? Comment pouvons-nous rester neutres ? Comment pouvons-nous arrêter de penser, de voir la réalité en face et mettre la tête dans la terre ? L’histoire nous a donné une fois l’occasion de dire à haute voix non à la dictature, non à la corruption non à toutes les formes de manipulation, non à la pauvreté ?

Alors ce n’est pas le moment de l’hésitation, pendant 23 ans, nous avons été des individualistes, des pragmatiques sauvages, vous avez semé la peur et après vous avez construit sur notre peur notre malheur, vous avez joué avec notre destin, vous l’avez orienté selon votre plaisir et votre faim éternelle du pouvoir, vous nous avez interdit même le droit de respirer. Le silence, aujourd’hui, est un crime non seulement envers les martyrs, mais envers la Tunisie, envers nos enfants, envers chaque mère isolée dans son coin en attendant de sentir l’air de la révolution, en attendant un jour le lever du soleil, le silence aujourd’hui, c’est de céder non pas le passage, mais toutes les routes à la machine de l’argent sale.

Je ne suis pas contre votre personne, mais contre vos convictions, vous êtes un danger pour la révolution parce que pour vous il n’y avait même pas de révolution, et tant qu’il n’y avait pas de révolution, donc il n’y avait pas les 300 martyrs. Il est honteux après les sacrifices du sang des jeunes qu’on bafoue leur honneur par un égoïsme aveugle ou un pragmatisme sauvage, qu’une foule de prétendants ose ridiculiser les institutions naissantes. « La question se pose alors dans ce pari Pascalien de l’événement miraculeux, comment évaluer une telle maturité dans le processus des circonstances historiques ? », vous êtes dangereux pour la paix sociale, pour l’égalité des chances, la justice sociale, vous avez une conception de l’État très archaïque, vous ne faites pas la différence entre l’État, le pouvoir, la patrie et le parti. Vous ne pouvez pas exister hors des lobbies.

Tunisiennes, Tunisiens,

Disant Haut et Fort que les zones oubliées de la Tunisie d’aujourd’hui ont le droit d’être développées, aménagées et d’être des zones d’investissements prioritaires : « « l’intégration régionale est une condition fondamentale du développement social et économique. Le monde entier l’a compris, sauf le Maghreb et le monde arabe, encore une fois pour cause de dictatures. Chaque dictateur considérait son pays comme sa propriété privé et se comportait comme un propriétaire terrien. Les dictateurs étaient donc incapables de tisser des liens solides entre voisins »(6)

Tunisiennes, Tunisiens,

Voter, c’est un acte libre, mais avant tout un acte conscient et responsable. Voulez-Vous réellement faire revenir l’ère de la dictature et des mensonges …?

Naceur Khemiri

 

 

 

1)Paul Nizan, les chiens de garde, rééd. Maspero, 1969.

2)Abdelwahab Meddeb, Printemps de Tunis, la métamorphose de l’Histoire, éd. Albin Michel, 2011, p, 25.

3)Tahar Ben Jelloun, L’étincelle, Révoltes dans les pays arabes, éd. Gallimard, 2011.

4)Moncef Marzouki, Dictateurs En Sursis, in préface Noël Mamère, éd. De L’Atelier, 2009, p, 11.

5)Fathi Benslama, Soudain la révolution, éd. Denoël, avril 2011, p, 50.

6)Moncef Marzouki, L’invention d’une démocratie, les leçons de l’expérience tunisienne, éd. La Découverte, 2013, p.152.

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