Familles, je vous hais !

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A seize ans, Arthur Rimbaud se révoltait contre le quotidien sordide « quasi-bourgeois » de l’atmosphère pesante de sa ville de Charleville. Il fuguait, désertait l’école et s’engouffrait dans les premiers trains qui menaient dans le Pas-de-Calais et dans le sud de la Wallonie. vingt ans, il avait déjà décidé d’arrêter d’écrire, « parce qu’il disait que ça ne servait plus à rien » et d’émigrer en même temps, dans le premier bateau de Marseille, pour l’Afrique de l’Est, Harrar en Éthiopie et Aden au Yémen, Djibouti et ses districts, où il avait décidé de se perdre dans les confins du désert infini…..

Déjà, il était célèbre et en avait ras-le bol !Ses œuvres ultimes :Illuminations et Saison en enfer déferlaient en vagues ondoyantes sur les rayons des plus grands libraires Européens et Mondiaux ! Inondant les âmes et les esprits par leur beauté lyrique et leur symbolique réaliste. La famille il l’a exécrée, la société il l’a rejetée, la littérature il s’en est repu et l’écriture il en a fait le tour !Quant à l’amour, il en a connu l’intensité et recueilli les méandres et les débris, bataillant avec l’ego sans vergogne du « Grand »ami- pygmalion qui l’a laissé choir :Paul Verlaine. Vanité, ô vanité, clamait le poète Ronsard sur l’étiolement de la Rose dans ce bas- monde. Il n’y a plus raison d’exister pour Rimbaud dans le monde civilisé européen.

La fameuse devise résonne en écho dans ses oreilles, quand il parcourt à pas rapides les ruelles en pente d’Aden, pesantes et suffocantes d’ardeur et de chaleur ! Mais reposantes pour la paix de son âme agitée, cette ville-phare au sud du Yémen, où le poète posa ses bagages un jour d’août 1880 !En proférant ces paroles prémonitoires : « Ne vous en faites pas, je ne me sentirai jamais chez moi, nulle part. » Étrange lieu hybride que ce paradis qui ressemble à l’enfer, que cette ville-colline faisant face à la mer rouge et que cet hôtel de France où il résida longtemps à son arrivée.

Rempli de souvenirs et écrasé par les traces de ses pas, il a été restauré après avoir été la maison de Rimbaud. Et garde son empreinte.

Accueillante et silencieuse, Aden qui symbolise les jardins bibliques d’Éden, se révèle un paradis envoûtant et une presqu’île volcanique qui capte dans ses filets une nature provocatrice. .Qui enchante Rimbaud car elle annonce la fin du monde artificiel.Mais tout était déjà écrit, bien avant le périple du désert, les espoirs de fortune en s’adonnant au trafic d’armes et de marchandises…Et les expéditions dans le Harrar, au sud de l’Éthiopie, où il construisit au bout d’une ruelle escarpée sa maison-refuge, tout en bois marron foncé.Elle se dresse majestueuse dans un terrain vague, face à une colline aride et déboisée.Arthur est un être qui s’incarne dans ses fidélités et ses reniements. Un invincible désir de l’ailleurs, tenaillé par la fureur et le mystère, transperçait son existence. Le Bateau Ivre furetait les cargaisons des navires, dénonçait le crachat de la mitraille et vendait des fusils….L’homme aux semelles de vent avançait en prédicateur, loin et seul, fidèle à ses habitudes, dans les caravanes et dans les marais salants .Lui rendre son âme qu’il a décidé de perdre au désert, la fureur nostalgique s’empara soudain de son être profond lorsqu’il rebroussa chemin et retourna à Marseille, le 9 novembre 1891 ….Habité par les souvenirs-images passés et présents d’Aden et de Harrar, entièrement paralysé, on le livra aux mains de sa sœur Isabelle. Le lendemain, le 10 novembre, il mourait, sans avoir dispersé le vent et la brume qui l’ont recouvré pendant un certain bout de temps.

Sélim Lâfif
Le 09/01/2015

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