Le retour de la candidature-unique « n’est pas une rumeur » *

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Par Bahija Ouezini

 

En ces temps troubles, la campagne électorale a un goût amer. Sous couvert de débat, la presse dite sérieuse offre ses colonnes aux calomnies et aux injures. Où sont donc passé les journalistes professionnels ?

N’avaient-ils pas juré, main sur le cœur, mais un peu tard, qu’on n’y reviendrait plus ? Seulement voilà, l’opportunité est trop belle, et grande la tentation. Sans même se concerter, nos médias ont retrouvé naturellement le chemin vers leur candidat-unique. Ils ont épousé sa tactique de communication. Dans les Rédactions la candidature-unique est une seconde nature, elle y est fortement ancrée. Ce sont les chaines de tv qui ont donné le La. Les autres médias, chacun selon son rythme propre, tant bien que mal, ont accordé leur violon. Sur les ondes, cela a été en continu, avant, pendant et après le scrutin.


Le président déchu, on le sait « ne savait pas ». Il ne pensait pas que la mise en scène médiatique pourrait nuire à la Tunisie. Vingt trois ans plus tard, il nous a « compris » Il eut été humiliant de dire que les journalistes n’étaient pas informés…


Pour imposer le silence, Il a fallu le concours de plusieurs réseaux, celui des amis politiques, celui des fonctionnaires tenus au secret, celui des intellectuels transformés en courtisans serviles… Mais c’est la presse qui a porté notre silence à l’extrême.


Chaque jour, l’information post-révolutionnaire laisse la place plus large à la rumeur. Les polémiques politiques se transforment peu à peu en propagande : de la simplification du message au glissement de sens du vocabulaire, en passant par l’invention d’un problème, construit de toutes pièces. On ne compte plus les apparitions sur les plateaux de télévision de faux experts mais vrais partisans, les témoignages bidon et les sondages tronqués…


Des imans ajustés et des intellectuels sur-mesure sont mobilisés. Ils enflamment les plateaux de tv pour mieux éteindre le débat. Le nouveau monothéisme est à l’œuvre. Il sait manier la peur, le régionalisme, tous les bons vieux subterfuges. L’héritage de « l’ère du changement » fournit ses dispositifs. De même, une rhétorique éprouvée est mobilisée pour faire passer la renonciation pour du courage politique…


Puis tout s’est accéléré. A défaut de raisonnement pertinent, on passe aux attaques « ad hominem ». Des voix, semble-t-il minoritaires, n’acceptent pas de se soumettre aux injonctions des milices du vocabulaire post-révolutionnaire homologué et refusent de participer à l’impulsion collective de la candidature-unique. La réaction ne s’est pas fait attendre. Une campagne de diffamation est menée jour après jour par une presse de caniveau, contre ces voix discordantes. Injures, dénigrement, insinuation et propos antisémites fonctionnent toujours et encore…. Nauséabond.


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*« n’est pas une rumeur », j’emprunte cette expression, par solidarité, à
Hèla Yousfi Josephine Choukri Hmed Sonia Djelidi Wejdane Majeri SHIRAN BEN ABDERAZZAK, coauteurs de « En Tunisie, le retour de l’ancien régime n’est pas une rumeur » ( Libération, 21 novembre ) et qui font l’objet, en ce moment, d’une campagne de dénigrement inadmissible. Je les soutiens comme j’ai soutenu, en leur temps, Amina, Nadia Al Fani, Weld El 15, Jaber, et tant d’autres. C’est l’expression des uns qui fait vivre la liberté de tous. Il importe de le rappeler car la liberté d’expression est étrangement négligée ces derniers temps.

Bahija Ouezini

 

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