Si je ne suis plus syrien, qui suis-je ?

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Du conflit interne syrien à la somalisation de la Lybie, la lecture des conflits qui se déroulent dans les régions à forte présence musulmane est de plus en plus confessionnelle. S’agit il d’une instrumentalisation du fait religieux, d’une déformation du regard occidental ou bien la religion est elle vraiment le nouveau (?) moteur des rébellions ?

Non, la religion n’est pas l’unique moteur des rébellions. Un contre-exemple au moins permet de l’affirmer : celui des Kurdes, qui ne se rebellent pas au nom de leur religion (en l’occurrence le même islam sunnite que celui des “jihadistes” qu’ils combattent dans le nord de l’ Irak) mais bien au nom de leur appartenance ethnique. D’où mon hypothèse, plus large et légèrement différente d’un simple “retour” triomphal “du religieux” : nous vivons une période qui est marquée par la désagrégation du ciment autoritaire inhérent aux régimes nés dans le contexte des affirmations post-coloniales. En attendant que se reconstruisent des institutions susceptibles de leur permettre de transcender leurs appartenances (ethniques ou confessionnelles) héritées, présentes au sein de chacune de leur société, c’est à celles ci que bon nombre de citoyens du Proche Orient se raccrochent.

C’est donc la déliquescence des régimes autoritaires qui expliquerait l’émergence de ces autres identités ?

Oui, dans ce contexte d’affaiblissement de l’Etat, ce sont effectivement les appartenances immédiatement “infra-nationales” ou “infra-étatiques” qui reprennent le dessus. Si je ne suis plus Syrien ou plus Libyen, qui suis-je ? L’individu, libéré de/ou abandonné par le confort du ciment de l’appartenance à un ensemble national, quand bien même aurait il été créé de façon souvent arbitraire par les Européens et maintenu pendant plusieurs décennies de façon autoritaire, se replie sur le niveau inférieur des solidarités possibles. Ce niveau d’appartenance peut être ethnique, comme c’est le cas des Kurdes dans le conflit syrien, ou pour certaines solidarités tribales ou régionalistes, en Libye. Mais une fois émise cette réserve, oui, lorsque le ciment de l’appartenance nationale vole en éclat, le lien alternatif est très souvent religieux.

François Burgat

(Propos recueillis par Olivier Bailly.1/2 A paraitre)

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