Droit, justice, et porte-jarretelles

0
29

index

Le droit est toujours particulier et imparfait, tandis que la justice est idéale et universelle. Il semble donc impossible que le droit soit parfaitement juste, et il devient  absurde même  de s’interroger sur le caractère juste ou injuste du droit. Dans le meilleur des cas, et en présence des juges à la probité morale sans faille, un verdict de tribunal n’est donc ni juste ni injuste, juridiquement parlant.
Le droit (au sens de droit positif), qui renvoie aux systèmes de lois instituées par les hommes dans les sociétés, veut en être l’application positive. Il a donc l’ambition de renverser l’injustice naturelle caractérisée par la loi du plus fort (comme le souligne Hobbes dans sa vision de l’état de nature) afin d’instaurer la justice parmi les hommes. Le droit est supposé réprimer donc les forts et protèger les faibles. Certes, aussi, le droit a l’ambition d’appliquer la justice universelle et éternelle. Toutefois, il existe toujours un décalage entre le droit, une création humaine imparfaite et relative, et la justice, un principe universel et idéal. Finalement, même si le droit n’est pas juste, il semble être une justice par défaut qui permet au moins de s’en approcher et de maintenir un ordre. Cependant, et là où le bât blesse, de quel ordre s’agirait-il ? L’ordre nécessaire pour régir toute vie commune dans le respect de la pluralité et  la multiplicité, ou bien l’ordre autoritaire de l’uniformité, qui veut réprimer  toute voix et voie autres que celles imposées par la toute-puissante régence ?
Bref, on a tendance, sciemment ou non,  à confondre le droit et la justice.  Il serait même faux de dire qu’un juge juge. En fait, il est censé évaluer des faits, l’esprit et le cœur aussi froids que la glace, avant de prononcer un verdict, une sentence. D’ailleurs, c’est ce qu’on nous fait rappeler face au dernier verdict de la « honte » dans le procès des martyres.
Sans même parler des faits et preuves détruits et/ou tus…vous voyez débarquer une cohorte d’avocats aguerris pour vous attaquer en Justice. Comment, dans ces conditions vous défendre, avec votre avocat non rompu aux grandes affaires, ou pire commis d’office ? Là réside le ressort de la soumission post-moderne, les lois, les juges, la Justice d’un côté et la citoyenneté de l’autre.
Un bon citoyen est un citoyen qui respecterait les lois en vigueur et le cadre sociétal préétabli. S’en écarter, et on devient ce paria parasite subversif. Le cadre…l’autoroute…sinon la loi s’abat sur vous. Vous ne pouvez crier à l’injustice, car il s’agit des lois en vigueur, et les lois en vigueur c’est la justice! Peu importe, sensées, absurdes…c’est la loi. Peu importe que vous soyez citoyen puissant et/ou richissime et vous pouvez vous permettre tout un cabinet pour vous défendre, face au citoyen lambda qui n’a même pas de quoi payer son transport public pour venir au tribunal, la loi c’est la loi, et elle l’est pour tous! Oui pour tous, sauf que c’est tous sont peut-être égaux devant la loi, mais pas égaux socialement, et c’est là ce que les lois et le juges s’en fichent d’évaluer.
Pour rendre justice, il faut du cœur, et le cœur n’est pas l’affaire de la justice, ni ne fait partie de la sémantique du Code Civil ou Pénal.
Ceux qui qualifient la critique et  le tollé général contre cette injustice prononcée par le tribunal militaire contre les familles des martyrs et le peuple tunisien tout entier de « prostitution politique » (sic, ce mi-nain de journaleux véreux Zied Héni) devraient un jour  aller exposer leurs porte-jarretelles ailleurs. Le peuple n’en peut plus de cette puanteur avariée.

Abdelaziz Jaziri

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here