Albert Camus, l’artiste et l’homme célébrant la Méditerranée.

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Introduction

*Le penseur : l’apanage camusien relève des deux éléments phares de sa personnalité comme de son œuvre : Révolte et Lumière. L’homme rebelle que fut Albert Camus se ressourçait de l’inépuisable douceur et chaleur méditerranéenne, dans laquelle il fut choyé et navigua avec superbe sur ses solides rivages. Défiant les temps parcourus, il en fut sa terre de rédemption et son havre de paix, malgré la difficile condition humaine .De son époque, il s’en instruisit et se forgea un style d’écriture grâce à une plume alerte et acérée, qui lui révéla le monde de l’absurde, annihilant l’ici-bas et le projetant dans la découverte de l’illusion niée par le réel. Féru de mythologie et de mythes, Camus s’en abreuvait à satiété, dans la mesure où il donnait à ses divers cycles d’existence les noms de personnages légendaires : Sisyphe est la figure héroïque de l’absurde, Prométhée est la personnification divine de la révolte et Némésis est la déesse de la mesure et de la vengeance des dieux.

*L’historique : Né dans un milieu pauvre mais honnête, le quartier Belcourt à Alger, Camus se proclamait comme le détenteur de la vérité et de la connaissance sur le sol méditerranéen, sillonnant la partie ibérique et du nord de l’Afrique, terre d’asile de Jugurtha, d’Avicenne et d’Augustin ! Ce journaliste en herbe détonnait par sa formation polyvalente et par son statut personnel, dévoilant un héritage culturel plus imprégné des valeurs antiques que chrétiennes. Inlassablement, Camus rassemble ses souvenirs d’enfance et les fragments éclatés d’une douleur passée dans une œuvre compacte et faconde. Il ressuscite, par le biais des analepses puisés chez Genette, un regard en bloc ressuscitant, au-delà du temps vécu et du déploiement de l’image, les moments attachants et importants de son enfance d’essence méditerranéenne. Heureuse ou tourmentée, Camus la défend sans scrupule ni répit, avec cet amour inséparable de la mesure et de la justice qui l’accompagne partout.

*La Méditerranéité : Source de joie ainsi que de malheur, la Méditerranée l’habite en entier, corps et âme. Elle recèle un trésor infini d’avatars et d’imprévus, exprimés à travers l’horrible souffrance doublement témoignée à travers la recherche du père absent et le silence obstiné de la mère ; dans le texte Le Premier Homme .Si l’influence méditerranéenne fut importante durant la jeunesse camusienne, ce n’est  pas seulement par des faits survenus et des actes accomplis. C’est aussi par sa forte imprégnation de divers aspects culturels colorés et par son parfait accord avec la nature et ses composants. Il se sentait l’égal, et pas du tout supérieur, dans ses pures et vastes théories de consécration et du sacré. Une passion qui dépasse l’entendement et l’illusion générait l’adoration obstinée, que Camus vouait à cette contrée et à son peuple. Certes, mythifiée et idéalisée par une inépuisable source régénératrice et souvent contestée et controversée au regard des autres. Cette illusion amoureuse s’est ancrée dans sa propre réalité, la dotant d’ailes d’évasion et de tranches de liberté. Car le journaliste-écrivain polémiste a installé l’effet de propagation de l’esprit méditerranéen dans l’univers qui l’entoure…Il a déployé une grande énergie à renverser les valeurs périmées et désuètes, défrayant la chronique de son époque et déstabilisant les esprits hostiles à l’extension méditerranéenne, dans une large perspective humaine.

Opterons-nous pour ou contre ce qu’a réalisé et dénié Camus ? Il importe peu de redorer le blason d’un écrivain jouissant d’autant de notoriété et engagé pour réhabiliter les cause et identité méditerranéennes. Seule l’histoire moderne, actuelle et rétrospective, peut reconsidérer l’effort camusien en matière de son statut méditerranéen, qui le désigne du titre convoité de charmeur et équilibriste méditerranéen.

Développement

Annonçant le plan suivant en trois paries égales, nous montrerons que l’influence méditerranéenne a régné immanquablement sur l’âme, l’esprit et le corps camusiens.Pour l’écrivain, la méditerranée n’était pas uniquement cette « fatalité de nature » (1), ni cet humanisme antique dont il nourrissait sa sensibilité et son intellect. C’était, surtout, les joies du corps exposé au soleil et se débattant contre les vagues de la baie d’Alger. Vécus comme un amour de chair et de passion et renforçant la hantise du temps qui passe et emporte le tout, un individuel qui se transforme en collectif. Sa plus grande préoccupation était tous ces « hommes de soleil » (2) autour de ses rivages algériens et qu’il sentait comme ses frères. Sa révolte accule à une passion paroxystique qu’il a toujours portée en lui en véritable  citoyen méditerranéen , s’insurgeant contre l’idéologie européenne. Froide et rigide comme « Les brumes épaisses d’Amsterdam ou sombres de Bruxelles »(3).Camus s’est érigé comme le défenseur des notions de nature et de beauté, ses piliers au cœur de la pensée méditerranéenne.

Dans son poème sur la Méditerranée, intitulé « La Maison devant le monde »(4), nous observons Camus se ranger du côté de la Grèce et contre Rome. Il œuvre pour que des villes, comme Alger et Rome, puissent jouer un rôle essentiel : celui de servir cet aspect de la culture méditerranéenne qui favorise l’homme au lieu de l’écraser. Indéniablement, Camus a milité, sa vie durant, en faveur de l’honneur et de la dignité du citoyen algérien, plaidant sa cause et défendant ses droits et ses croyances. Même si la polémique n’a jamais cessé de s’amplifier autour de sa personne et de ses paroles, souvent contestées et déformées. Si Camus défendait ses Co-citoyens avec tant de ferveur, c’est parce qu’il croyait profondément en l’accord et l’harmonie de l’homme avec la terre méditerranéenne. Foisonnante et truculente, il y avait étonnamment grandi et conçu ses rêves de grandeur. En côtoyant les populations des quartiers arabes ; empruntant les ruelles serpentées des souks d’Alger et de Tunis et admirant les ports de Gênes et de Barcelone. Or, cette illusion de paix et de sérénité, vécue par l’écrivain, demeure temporaire : elle représente une réalité amère car incertaine, de triomphe sur la fatalité humaine. Quand on écarte ce sens de l’écrasement et de l’ennui, pour ressentir intensément ce goût victorieux de la vie dans un espace méditerranéen.

I-Une Révolte personnelle dégénérant en véritable passion méditerranéenne :

Depuis la prime jeunesse, la révolte couvait chez ce jeune homme au regard incendiaire. Camus recouvrait toujours sa dignité d’homme superbe, exclusivement méditerranéen ; violent et virulent dans ses actes et paroles. Sa révolte était bien réelle, débordant sur un futur chaotique et sur la condition humaine et incorporée à son enfance, rude et savante. Dans Le Premier Homme, l’écrivain raconte avec émotion ses origines et les moments forts de sa puérilité. L’absence du père qu’il n’a guère connu et la simplicité d’une mère analphabète qui le captait, sans prononcer un seul mot ! Cette histoire de couple étrange est devenue, depuis, la devise de Camus : « Une femme qui en dit plus sur ses silences que l’homme avec tous ses mots. »(5). Dès lors, le sentiment de révolte s’est ancré en lui et une vérité absolue s’étale sur le sol des pays méditerranéens, éclaboussant les préjugés désuets. Elle fuse torréfiant l’espace, défrayant la réalité dans toute l’ampleur de ce cadre méditerranéen. Propice au déchaînement des passions enclenchées par les héros tragiques classiques Prométhéens, Raciniens et Cornéliens. Enfin, la révolte atteint son apogée délirante, oscillant entre le rêve et la réalité, pour élucider l’énigme et clarifier le message d’un homme mystérieux, porteur d’une vision nécessairement méditerranéenne.

Un événement fortuit provoqua une déferlante polémique passionnelle. C’était au cours de la conférence de presse qui a suivi la cérémonie de remise du prix Nobel de littérature à Stockholm en 1957.Albert Camus était vautré dans un fauteuil en cuir du petit salon de l’ambassade de France. Il répondait avec assurance aux questions de la Presse Internationale. Affable et courtois, il évoqua peu l’Algérie, axant son dialogue sur sa condition d’homme, sur les conditions misérables des étudiants arabes à l’université algérienne dont la présence était rare. Car ils n’avaient pas d’argent pour payer leurs études et défendaient avec véhémence leur droit au savoir. Une vive discussion s’engagea entre l’écrivain et un journaliste algérien présent, qui défendait le terrorisme comme un acte de justice et attaquait Camus sur tous les fronts, le taxant d « engagé velléitaire » et le diminuant par rapport à Sartre, qui avait signé la pétition du FLN et assuré son engagement auprès de la libération algérienne. D’un ton acerbe, l’écrivain a répondu que si la justice consistait à mettre des bombes partout et à tuer des civils ; à instaurer ce genre de « terrorisme-terreur », il choisirait plutôt de défendre sa mère. Cet incident méprisable accentua la colère de cet homme révolté de nature, méditerranéen de souche et intérieurement pacifiste. Il répétait qu’il « possédait un goût très vif pour les êtres »(6)., insistant dans Noces : « Je n’ai pour l’espèce humaine aucun mépris »(7).Camus se sentait en son for intérieur algérien, même si des limites et des scrupules de son origine initiale persistent en lui. L’agressivité du journaliste l’avait mis dans un accès de fureur telle, qu’il rétorquait haïr cette justice de vengeance- la vendetta- la cigarette au coin des lèvres, l’œil vif et le regard dubitatif, Camus est resté éberlué ! Bien que français, il était né sur la terre algérienne, dont il ne pouvait se défaire de ses odeurs et de ses saveurs. Il possédait cette étrange capacité à s’engager pour la cause humaine, sous ses multiples facettes. Sa devise était : « Les artistes ont un devoir : faire ce qu’ils veulent»(8). De quoi l’accuse-t-on donc si gravement ? Son désir était d’unifier la Méditerranée, réunir les hommes dans l’universel .Son devoir était la révolte contre l’avidité humaine. Réalité ou leurre, seule l’histoire actuelle peut en juger de tels actes de grandeur et d’honneur, cent ans après la disparition de l’écrivain.

II-Ses engagements, ses activités, sa culture :

La polémique n’a de cesse que quand elle est amplifiée ou tue : celle qui concerna Camus dépassa les frontières de l’entendement, et de la divine Méditerranée.  Albert Camus disait dans les Mots Justes  : « Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde »(9), s’alignant à la réflexion de Nietzsche : « Le silence est fait de paroles que l’on n’a pas dites ».Oui, mais quel sorte de silence annihile le comble des insinuations ? Camus était un homme juste et loyal, qui défendait la gauche si « elle voulait bien de lui », aimait les musulmans et respectait leurs coutumes et us ; en rêvant d’une Algérie binationale, partagée entre Arabes et Français à parts égales, sans dissension et apparats de langue et de religion ! Une lourde responsabilité pour un jeune méditerranéen, pétri de ses rêves de grandeur et forgé dans la trempe du combat, luttant contre les démons et les ennemis qui détenaient le projet inaccessible de réconciliation et de paix. Un objectif à atteindre ou une simple illusion de jeunesse à réaliser ? Signalons que, dans le cadre de ses activités politiques et culturelles multiples, Camus était dans le souci de concilier la culture européenne et indigène, afin de favoriser l’éclosion d’une civilisation méditerranéenne commune à ses riverains, et par la même d’un collectivisme créateur rassemblant tous les genres et types appartenant à cette Méditerranée.

Dès la première phrase de Noces : « Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures, la campagne est noire de soleil. » (10), en gardant aussi l’image de Camus le penseur, celui qui sut dans L’Homme Révolté, lancer un appel à la tolérance, au sens du relatif et à l’acceptation des limites humaines. Je constate que s’il n’y a pas de duplicité en la personne de l’écrivain, il existe une dualité dans sa personnalité d’homme. Il persiste un premier personnage, qui est un philosophe du XXème siècle, qui a été sensible à l’Absurde, donc à la finitude et au tragique de la condition humaine. Et il ya un deuxième Camus, qui se reprend et qui forme le pari que, justement, la déchirure n’est pas sans remède, ni le silence du monde éternel, ni la contradiction inséparable. Retrouvons donc ce second Camus coextensif au premier, logé dans les mêmes textes, qui parie sur l’unité, « la fusion et l’innocence » de toutes choses dans Le Premier Homme. Un Camus de lumière et de chaleur. Un Camus méditant sur les corps nus, luisants, tout parfumés. Cette image nous rappelle les jeunes filles en fleurs se pavanant sur les plages de Cabourg et de Deauville, dans Un amour de Swann de Marcel Proust. Un Camus rêvant d’une étreinte charnelle quasi-imaginaire, qui nous fait penser à l’idéel et le rêve délirants de la nouvelle Sylvie de Gérard de Nerval et à l’érotisme exacerbé de Madame Eduarda de Georges Bataille. Un Camus adepte de ce qu’il nomme la pensée de Midi, s’opposant à la pensée de minuit et qui, dans l’ordre de l’humain comme dans celui de la nature, ne constate le tragique que pour aussitôt le surmonter. Et pour qu’il y ait un point de l’esprit d’où les contradictions du monde, ses incompatibilités, ses mésintelligences et conflits, apparaissent miraculeusement résolus. Tout bien pesé, Camus possède une richesse rare .La sereine sagesse d’un véritable méditerranéen, dont l’optimisme ontologique et le naturalisme lyrique constituent les dynamiques perceptions méditerranéennes de l’homme, de la nature et du cosmos. Camus et ses icônes grecques, païennes et laïque, qui ne se consolait pas qu’il n’y ait plus de Delphes où se faire initier. Pareil en cet acte aux Empereurs Trajan et Hadrien, initiés au rite d’Éleusis.

III-Méditerranée : Humanisme et Universalisme :

Ainsi, sa Méditerranéité se trouve étroitement liée aux concepts d’humanité et d’universalité ancrés en lui. Sa devise de la liberté et de l’égalité entre les Hommes est la matrice fondamentale du vecteur camusien. Leurre ou illusion ? Rêve ou réalité ? A travers ce brassage culturel et cet amalgame de concepts, Camus parie, fort et loin, dans l’espoir de créer la communauté cosmopolite en Méditerranée. Son universalisme se basait au fond sur l’acquisition légitime des droits de l’homme, réclamée par un écrivain contestataire et appartenant à la rive étrangère, tant convoitée, de la Méditerranée. Dans sa lettre de réponse à Camus, Jean-Paul Sartre disait : « Le résultat, c’est que vous êtes devenu la proie d’une morne démesure qui marque vos difficultés méditerranéennes et que vous nommez mesure méditerranéenne. »(11), atténuée par la parole plaisante de l’écrivain américain, William Faulkner, estimant pour sa part, que « La voie qu’a prise Camus conduisait à la lumière du soleil, à une nouvelle sensation créatrice de nos fragiles pouvoirs et absurdes matériaux. » (12)

Il demeure certain qu’Albert Camus incarnant le prototype méditerranéen de l’homme libre et révolté pourrait difficilement à lui seul, en tant qu’écrivain militant exprimer l’étendue du drame de L’Afrique du Nord : « On attend trop d’un écrivain en ces matières. »(13), écrit-il en avant-propos à Actuelles III. On s’est souvent penché sur la question cruciale de savoir, si Camus qui a été obligé de quitter rapidement l’Algérie, a rejeté cette terre qui lui est devenue méconnaissable ou a –t-il gardé le même sentiment d’autrefois à son égard ?La réponse est équivoque, parfois délétère car prise en hâte, selon une conviction personnelle de l’auteur. Même un siècle après sa mort brutale, Camus demeure l’indéchiffrable insoumis. On perçoit, derrière son ajustement des mots, la démesure de la déréliction d’un  Premier et Grand Homme qu’on arrache à sa ville natale, d’où ces phrases tirées de ses carnets qui prouvent l’évidence et l’ambiguïté de sa condition : » Je ne sais pas si je me fais bien comprendre, mais j’ai le même sentiment à revenir vers l’Algérie qu’à regarder le visage d’un enfant ».avant d’ajouter prudemment : « Et pourtant, je sais que tout n’est pas pur ».(14)

Conclusion

Précurseur de la vérité pure et réelle, il haïssait toute déformation de la réalité et sourcillait à la moindre incartade sociale et raciale. Selon Jean-Louis Barrault, Camus était bondé de pudeur. Bien qu’introverti de nature, Albert Camus persistait dans son idéal et ses convictions, en rajoutant même sur l’histoire des intellectuels : Sur cette manière de juger les choses à partir d’une certaine indifférence méditerranéenne , rehaussant ainsi ses marques de noblesse et de bonté indéniables !On sent le désespoir d’un écrivain-artiste qui n’aime qu’admirer sa « Méditerranéité », dont il se montre fier et féru…Et il découvre, soudain, la force d’une haine «  viscérale », ses enjeux et ses vraies raisons qu’i saisit difficilement . Dans cette Méditerranée où pullulait un remuant sentiment de rébellion, Camus se défendait bec et ongles contre l’adversité et l’injustice régnantes. Il revêt les divers titres de l’artiste, façonneur et rédempteur. Journaliste, Philosophe, Acteur et homme de théâtre, Essayiste et écrivain étaient ses outils de prestidigitateur de la difficile condition humaine. Un essayiste éclairé au regard introspectif et rétrospectif, tourné vers son Algérie natale. Rempli d’admiration vers ses éminents maîtres à penser, des théories de la Grèce antique à son maître d’école. Il ne fait que consigner et apprendre, tendant vers la connaissance universelle, en bon moraliste discipliné.

Certes, Camus meurt en témoin de la philosophie de l’Absurde, alors que toute son œuvre était une riposte à l’absurde. Il estimait que le seul rôle véritable de l’homme, né dans un monde absurde, était de vivre, d’avoir conscience de sa vie, de sa révolte et de sa liberté. La bonne voie est celle qui conduit à la vie, à la lumière du soleil. Qui tient cette place singulière dans son œuvre : il « règne forcément » sur le berceau de ce méditerranéen, broyant enduits et individus. Réduit à lui-même, le soleil exprime son intensité héroïque, de manière saisissante, dans L’Etranger, qualifié comme un roman écrit par un « un Camus solaire »(15).Héritier de la pensée grecque, Camus considère dans L’Homme Révolté le soleil comme une source de lumière. Un soleil presque surnaturel, doublé d’une sensualité d’essence méditerranéenne, à la fois voluptueuse et énergétique. Jules Vallès appréciait par-dessus tout Camus l’hérétique, le réfractaire, car il est resté fidèle à la terre méditerranéenne, ce penseur de l’absurde et gnostique moderne.

Ainsi, Révolte et Art demeurent les socles basiques de son déterminisme de créateur méditerranéen, sublimés par le style d’une écriture limpide et symbolisés par les défis arbitraires du réel et de l’idéal imaginaire. Une œuvre elliptique, traversée par les remous de son époque et la dévotion à ses démons intérieurs, créateurs et sacrés, propageant un mal de vivre indicible. Car entremêlé à la nature qui conditionne son œuvre et sa pensée. Camus étai-il le pied-noir français par excellence ou le français constamment frustré d’être amputé de son Algérie natale ? La réponse demeure incertaine voire vaine, car il a disparu trop tôt pour donner la bonne réponse ! Laissant libre court à une suite d’interrogations et d’interprétations. Seul l’Absurde a gain de cause de cette problématique permanente. Camus l’idéaliste, le fétiche de sa méditerranée, sert de chair à canon. La révolte et l’absurde le poursuivent dans l’au-delà. Traçant le portrait d’un écrivain idyllique et atypique, qui aurait eu cent ans aujourd’hui.

Sélim Lafif

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