Hypothèse de lecture: « Notre sang rouge, leur sang noir »

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J’ai déjà publié cette « Une » infecte du journal le Maghreb, en exprimant ma colère contre cet esprit malsain et ce dédain et ce mépris vis-à-vis d’une frange importante de la société. Voire même une énième poussée pour diviser le peuple et le voir s’étriper.
Ci-dessous une hypothèse de lecture rapide, qui dénonce l’implicite de l’effet escompté sur l’inconscient. Car, ceux qui s’y connaissent un peu savent que la force de l’image, en bien comme en mal, réside dans le non-dit, le subliminal, qui atteint bon gré mal gré l’inconscient, surtout de la masse, moins accessible par les mots et l’écrit.

Le message véhiculé par cet image est plus pernicieux, plus subtil qu’on y croit à première vue.
Ces femmes voilées au premier plan de l’image sont présentées comme soumises, et non actives contrairement à ce que l’on pourrait penser par le titre en paratexte « femmes travailleuses ».
Le travail d’éboueur dans la perception populaire est un travail masculin, assimilé dans la mém
oire collective en tant que tel. Or, ici c’est la femme qui l’accomplit. Donc, sous « commande » et maitrise masculine. Elles seraient soumises alors à cet homme qui se décharge sur elles. Entendez cet homme barbu et religieux.
En plus, elles sont dos courbé et tête baissée, serrées l’une contre l’autre en rond, une posture en cercle, ce qui renforce ce sentiment de domination et soumission à un tiers. Mais, cela suggère aussi le côté circulaire répétitif, absurde et non « progressiste » vers l’avant. Il est à noter également, elles ne regardent point en face, plutôt par terre, aucune perspective, aucune rébellion. Elles tournent le dos et le regard à ce drapeau, lui signe de résistance et d’engagement.
De l’autre côté, en face, les femmes, non voilées, sont présentées droites, têtes bien haute, et en rang, un pied devant l’autre, signe de mouvement, de marche en avant et de combat. Outre le drapeau qu’elles portent sur elles, les pancartes soulevées montrent qu’elles sont revendicatives, actives, et refusent de se soumettre. Il y aurait plus à lire sur cette superposition médiocre, certes, mais déjà un coup d’œil rapide et il n’est pas difficile de voir l’implicite qui ne manque pas d’atteindre aisément l’inconscience, et conforter les a priori.

Attention, Je ne dis pas que le travail d’éboueur est un travail d’hommes, je relève juste que « Le travail d’éboueur dans la PERCEPTION populaire est un travail masculin, assimilé dans la Mémoire COLLECTIVE en tant que tel. », et c’est bien sûr sur cet inconscience qu’on essaie d’agir et influer, à l’insu de la conscience. Tout comme l’on fait avec les images subliminales, non perçues par l’œil nu.
Autre chose peut-être, vous remarqueriez le noir dense en bas de l’image autour de ces filles voilées, renvoi à l’obscurantisme et au manque de clarté, alors que le bitume de la chaussée en face, normalement noir de couleur, est par la magie de ces filles émancipées et libres devenu bleu ciel, symbole d’envol et d’horizon ouvert, bref d’épanouissement et de vie. Je ne peux alors m’empêcher de penser à ces propos assassins de Mohsen Marzouk lors du sit-in de Bardo déclarant « notre sang rouge et leur sang noir »!

Abdelaziz Jaziri

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